Publié le 29 septembre 2026

Comment transformer un engagement financier en résultats concrets pour la biodiversité ? À Maromizaha, le partenariat entre BNI Madagascar, la Fondation pour les Aires Protégées et la Biodiversité de Madagascar (FAPBM) et le Groupe d’Étude et de Recherche sur les Primates de Madagascar (GERP) apporte une réponse directement observable sur le terrain : restauration de zones forestières dégradées, entretien des plantations, production de plants et implication des communautés locales.

Les 3 et 4 juillet 2026, une délégation de BNI Madagascar s’est rendue dans l’Aire Protégée de Maromizaha, dans la région Alaotra-Mangoro, pour constater les résultats des actions soutenues depuis 2023 et échanger avec les acteurs qui les mettent en œuvre.

Cette mission de terrain a permis de revenir sur plusieurs années de collaboration et d’illustrer concrètement ce que peut produire un partenariat entre finance privée, mécanisme de financement de la conservation, gestionnaire d’aire protégée et communautés locales.

La FAPBM était représentée par une délégation composée de représentants de la Direction des Opérations Supports, du Département Communication et Plaidoyer et de l’Écorégions Humides.

Maromizaha : restaurer la forêt, préserver un patrimoine exceptionnel

Située dans la région Alaotra-Mangoro, l’Aire Protégée de Maromizaha constitue un site important pour la conservation de la biodiversité de Madagascar.

Gérée par le GERP et soutenue par la FAPBM depuis 2015, à travers des subventions cumulées dépassant 899 millions d’Ariary, l’aire protégée abrite une forêt dense humide caractérisée par un taux d’endémisme floristique de 88 %.

Elle accueille notamment plusieurs espèces emblématiques de la biodiversité malgache, dont l’Indri indri, ou babakoto, le Propithecus diadema et l’aye-aye.

Mais comme de nombreux écosystèmes forestiers de Madagascar, Maromizaha a été confrontée à des pressions liées notamment au tavy et à la dégradation des habitats.

La restauration forestière constitue donc un enjeu majeur pour maintenir les fonctions écologiques du site et renforcer sa résilience sur le long terme.

Depuis 2019, Maromizaha est considéré comme un site « zéro feux ». Ce résultat s’inscrit notamment dans les efforts de surveillance, de mobilisation communautaire et de gestion des pressions exercés autour de l’aire protégée.

Aire Protégée Maromizaha
Aire Protégée Maromizaha, © FAPBM

Un partenariat engagé depuis 2023

C’est dans cette dynamique que BNI Madagascar et la FAPBM ont conclu, en septembre 2023, une première convention de financement consacrée à la restauration écologique de Maromizaha.

Cette première contribution a permis de soutenir notamment les activités d’entretien et de suivi des parcelles de restauration, la production de plants, la réhabilitation des pépinières et le renforcement des capacités des acteurs locaux. Les actions de restauration ont été concentrées sur des zones dégradées identifiées comme prioritaires. Elles s’inscrivent dans la continuité de l’expérience de restauration forestière développée à Maromizaha à travers l’approche TAMS (Tetik’Asa Mampody Savoka), qui avait déjà permis de restaurer 62 hectares de zones dégradées entre 2016 et 2019, répartis sur 6 parcelles.

Depuis le début du partenariat BNI – FAPBM, plus de 68 000 jeunes plants autochtones ont été produits, dont 50 000 en 2023 et 18 000 en 2025. Ces plants alimentent les opérations de restauration et de regarnissage des 4 parcelles suivies regroupant environ 37 ha, car les deux parcelles restantes sont déjà en verdure. Dans ce modèle, les responsabilités sont complémentaires : la FAPBM assure la gestion financière du fonds et le suivi des impacts, tandis que le GERP assure la mise en œuvre technique des activités sur le terrain.

Ce dispositif permet ainsi de transformer une contribution financière en actions directement mesurables : production de plants, restauration, entretien des parcelles et suivi des plantations.

Pour BNI Madagascar, cette collaboration répond à une volonté de renforcer son impact environnemental et social en s’appuyant sur l’expertise de la FAPBM et du GERP, notamment pour soutenir la protection des aires protégées, la restauration des écosystèmes et la valorisation des espèces endémiques et autochtones.

Mantella SSP, Maromizaha
Mantella SSP, Maromizaha, © FAPBM

Des communautés pleinement associées

La mobilisation des communautés locales constitue un élément important du dispositif.

Les habitants des villages riverains participent aux différentes étapes des activités de restauration, notamment à travers les pépinières, les plantations, l’entretien et le suivi des parcelles. Des pépiniéristes issus des communautés ont ainsi été formés pour contribuer à la production et à l’entretien des plants.

Cette implication permet de rapprocher les efforts de restauration des réalités locales et de renforcer progressivement l’appropriation des actions de conservation par les populations riveraines.

Le partenariat comporte également une dimension sociale à travers l’appui à l’éducation.

En 2023, 360 élèves ont bénéficié de kits scolaires et de la prise en charge de leurs droits d’inscription. En 2025, 336 droits d’inscription scolaire ont été pris en charge. Ces appuis contribuent à alléger les charges supportées par les ménages au moment de la rentrée scolaire et illustrent la dimension sociale du partenariat autour de Maromizaha

Restauration par la communauté locale, Maromizaha
Restauration par la communauté locale, Maromizaha, © Farah Rabekijana

2025 : passer d’un financement ponctuel à une collaboration de long terme

La collaboration a franchi une nouvelle étape en 2025 avec la signature d’une convention-cadre de partenariat d’une durée de cinq ans entre BNI Madagascar et la FAPBM.

Ce nouvel accord prévoit un appui financier de 60 millions d’Ariary destiné à soutenir la restauration et la gestion durable des aires protégées. Il élargit également le périmètre de la collaboration : au-delà de Maromizaha, BNI Madagascar peut désormais soutenir le Paysage Harmonieux Protégé d’Ambohitr’Antsingy – Montagne des Français, dans la région Diana.

À Maromizaha, cette nouvelle phase de collaboration a permis de poursuivre les efforts engagés depuis 2023. Entretien et suivi des plantations, regarnissage, débroussaillage, entretien écologique, production de nouvelles plantules et actions de régénération forestière ont ainsi complété les opérations initiales.

Le renforcement des capacités des communautés de base (COBA) constitue également une composante importante de cette démarche, afin d’inscrire les efforts de restauration dans une dynamique locale et durable.

Au total, près de 68 000 arbres ont ainsi été plantés depuis le début du partenariat en 2023.

Suivi et évaluation de la restauration à Maromizaha
Suivi et évaluation de la restauration à Maromizaha, © FAPBM

Sur le terrain, mesurer ce que produit le partenariat

Les 3 et 4 juillet 2026, la mission de BNI Madagascar à Maromizaha a permis de donner une dimension concrète à ces résultats.

La délégation a pu visiter les sites de restauration, échanger avec les équipes du GERP et rencontrer les communautés impliquées dans les activités. Ces échanges ont permis de mieux comprendre les efforts nécessaires pour assurer la survie et la croissance des plantations au-delà de leur mise en terre.

La mission a également permis de documenter les résultats et de recueillir les témoignages des personnes directement engagées dans la gestion et la restauration du site.

Cette immersion rappelle une réalité essentielle : la restauration forestière ne se résume pas au nombre d’arbres plantés. Elle repose sur un travail continu d’entretien, de suivi, de régénération et d’accompagnement des communautés.

Le passage d’un objectif de plantation à une restauration durable nécessite donc des financements inscrits dans la durée et des acteurs capables d’assurer le suivi des résultats.

Descente de la délégation FAPBM et BNI à Maromizaha, 2026
Descente de la délégation FAPBM et BNI à Maromizaha, 2026, © FAPBM

Le secteur privé, un levier pour le financement de la conservation

L’expérience de Maromizaha illustre ainsi le potentiel d’une implication accrue du secteur privé dans le financement de la conservation.

Pour les entreprises et les institutions financières, contribuer à la préservation de la biodiversité peut constituer une manière concrète de participer à la protection du capital naturel dont dépendent les territoires et les populations.

Le partenariat avec BNI Madagascar montre ainsi comment une contribution du secteur privé peut soutenir des actions de restauration écologique, renforcer les capacités locales et générer des bénéfices sociaux au niveau des communautés riveraines.

Pour la FAPBM, l’enjeu est précisément de créer les conditions permettant à ces engagements privés de produire des impacts durables. Son rôle de mécanisme de financement et son expertise dans le suivi des interventions permettent de structurer les contributions et de les inscrire dans une logique de résultats.

Le partenariat avec BNI Madagascar montre ainsi qu’un financement privé peut être transformé, sur le terrain, en actions de restauration, en renforcement des capacités locales et en résultats mesurables pour la biodiversité.

Communauté locale travaillant le champ autour de l’Aire Protégée Maromizaha
Communauté locale travaillant le champ autour de l’Aire Protégée Maromizaha, © FAPBM

De Maromizaha à d’autres territoires : faire grandir les partenariats

Les résultats observés à Maromizaha ouvrent une perspective plus large.

La restauration des écosystèmes nécessite des investissements importants et continus, alors que les besoins de conservation dépassent largement les ressources publiques et philanthropiques disponibles.

La mobilisation du secteur privé constitue donc un levier essentiel pour diversifier et accroître les financements consacrés à la conservation.

À travers le renouvellement de son partenariat avec BNI Madagascar et son extension à un second territoire, la FAPBM contribue à montrer qu’il est possible de construire des collaborations de long terme autour d’objectifs environnementaux concrets.

À Maromizaha, les près de 68 000 arbres plantés depuis 2023 donnent une première mesure tangible de cette dynamique.

Mais au-delà du chiffre, l’enjeu est de faire émerger un modèle reproductible : des entreprises engagées, un mécanisme de financement structurant, des gestionnaires disposant d’une expertise de terrain et des communautés pleinement associées à la préservation de leur environnement.

C’est en multipliant ces collaborations que le financement privé pourra contribuer davantage à la restauration des écosystèmes et, plus largement, à la préservation du capital naturel de Madagascar.