
Lors de la 16ᵉ Assemblée générale du Consortium of African Funds for the Environment (CAFÉ) à Bissau, la FAPBM, en tant que membre du consortium, a partagé son expérience en matière de suivi et d’aide à la décision pour la conservation. Ranto Randriantsoa, Directeur des Programmes et Impacts de la FAPBM, a présenté lors de cet assemblée, la démarche engagée par la Fondation pour mieux suivre ses financements, comprendre leurs résultats et orienter ses choix stratégiques.

Xavier Excuté, Senior Program Officer de FOS et Ranto Randriantsoa, Directeur des Programmes et Impacts de la FAPBM à Bissau © FOS
Des défis de conservation croissants, des choix plus exigeants
Avec un capital de 157 millions USD en 2026, la FAPBM est le plus grand fonds fiduciaire de conservation d’Afrique. Elle soutient 75 des 146 aires protégées de Madagascar, qui abritent des espèces et des habitats présents nulle part ailleurs sur Terre et font vivre les communautés riveraines.
Au fil de ses activités, la FAPBM doit pouvoir disposer d’une vision de plus en plus claire des résultats associés à ses financements et de leur contribution aux objectifs de conservation. L’évolution de son portefeuille, la diversité des contextes des aires protégées et l’apparition de nouvelles opportunités de financement rendent cette capacité de pilotage d’autant plus importante.
L’enjeu est de pouvoir utiliser les données disponibles de manière plus systématique pour comprendre les résultats obtenus, identifier les évolutions importantes et éclairer les décisions à venir.
Trois questions sont devenues centrales :
- Finançons-nous les bonnes aires protégées ?
- Les finançons-nous de manière adaptée ?
- Quels résultats et impacts nos financements contribuent-ils à produire ?
Ces questions invitent à regarder au-delà du seul suivi des financements : il s’agit de mieux comprendre ce que les ressources permettent de réaliser, dans quelles conditions et avec quels résultats pour les aires protégées, la biodiversité et les communautés.
Pour répondre à ces questions, la FAPBM avait besoin de pouvoir rapprocher plus facilement les différentes informations dont elle dispose, les analyser dans le temps et les utiliser collectivement pour orienter ses choix.
Deux ans de travail avec Foundations of Success (FOS)
Depuis deux ans, avec Foundations of Success (FOS) et le soutien de la Hempel Foundation, la FAPBM renforce son cadre stratégique, son système d’information de gestion (MIS) et son tableau de bord.
Ce travail a permis de :
- évaluer à mi-parcours le plan stratégique en cours ;
- cartographier et repenser les processus internes et la structure des équipes face aux nouveaux enjeux ;
- co-construire un cadre stratégique, un MIS et un tableau de bord interactif qui rassemblent au même endroit les informations stratégiques essentielles.
L’objectif est avant tout pratique : rendre l’information plus accessible et plus utile pour les équipes qui doivent suivre les financements, comprendre les résultats et prendre des décisions. Le cadre stratégique précise les objectifs et les résultats recherchés ; le MIS organise les informations nécessaires pour les suivre ; et le tableau de bord facilite leur lecture et leur utilisation.
En réunissant ces éléments, la FAPBM dispose d’une base commune pour suivre son portefeuille, comparer les informations pertinentes entre les aires protégées et mieux identifier les tendances ou les points nécessitant une attention particulière.
À terme, l’intérêt du système se mesure donc moins à la quantité de données rassemblées qu’à sa capacité à rendre ces données utiles : pour suivre les résultats, alimenter les échanges au sein des équipes et contribuer à des décisions mieux informées.
Le MIS et le tableau de bord ont été conçus avec la collaboration de Mike Honey et Annette Stewart, dont l’expertise a été déterminante aux côtés des équipes de la FAPBM.
Dès le départ, l’objectif était l’appropriation : l’équipe technique Suivi, Évaluation, Redevabilité et Apprentissage (MEAL) gère et fait évoluer elle-même le système. Cette appropriation est essentielle pour que l’outil reste utile dans le temps et puisse évoluer avec les besoins de la FAPBM.

Mesurer, apprendre, adapter
« C’est une grande première pour la FAPBM. Après près de 20 ans d’existence, marqués par de nombreuses réalisations mais aussi par des questionnements récurrents sur les impacts réels de nos interventions, ce système représente une étape importante pour mieux documenter, mesurer et démontrer les changements auxquels nous contribuons. Notre attente est de disposer d’informations fiables et actualisées pour mieux orienter nos décisions, améliorer nos interventions et renforcer durablement notre impact en faveur des Aires Protégées, de la biodiversité et des communautés. Le défi est maintenant de rendre ce système pleinement opérationnel, de garantir son appropriation par les équipes et les partenaires, ainsi qu’une remontée régulière et de qualité des données, afin qu’il devienne un véritable outil de pilotage et d’aide à la décision. » – Ranto Randriantsoa, Directeur des Programmes et Impacts de la FAPBM.
Cette démarche traduit une évolution importante : le suivi n’est plus envisagé uniquement comme un exercice de redevabilité ou de reporting, mais comme un levier d’apprentissage et de pilotage. Les données doivent permettre de comprendre ce qui évolue dans le portefeuille, d’identifier les questions qui nécessitent une analyse plus approfondie et, lorsque cela est pertinent, d’adapter les choix et les interventions.
De meilleures décisions commencent par un cadre stratégique solide et une information exploitable, placée entre les bonnes mains. La valeur de ces outils ne tient donc pas au tableau de bord lui-même. Elle réside dans le cycle qu’ils contribuent à mettre en place : définir une ambition claire, collecter les informations pertinentes, les analyser, en tirer des enseignements et utiliser ces enseignements pour ajuster les décisions.
Pour la FAPBM, cette capacité est particulièrement importante dans un contexte où les besoins de conservation sont nombreux et les ressources nécessairement limitées. Une meilleure lecture du portefeuille peut ainsi contribuer à éclairer les choix concernant les aires protégées à soutenir, les modalités de financement à privilégier et les domaines dans lesquels des résultats ou des difficultés nécessitent une attention particulière.
Et parce que cette capacité est construite au sein même de la FAPBM, ses bénéfices s’inscrivent dans la durée.

Le partage de connaissances entre fonds fiduciaires
D’autres fonds fiduciaires, en Afrique, en Amérique latine et ailleurs, assument un rôle de plus en plus stratégique. Malgré des contextes écologiques et institutionnels très différents, ils font face à des défis proches : gérer des portefeuilles de plus en plus importants, rendre compte de l’utilisation des financements, démontrer leur contribution aux résultats de conservation et disposer d’informations suffisamment solides pour orienter leurs choix.
L’expérience de la FAPBM montre qu’un système de suivi peut aller au-delà de la production de rapports : lorsqu’il est relié à la stratégie et approprié par les équipes, il peut devenir un véritable outil de gestion et d’apprentissage.
Cette expérience souligne l’importance du partage de connaissances entre fonds fiduciaires et partenaires de la conservation. En tant que membre du CAFÉ, la FAPBM entend poursuivre ces échanges au sein du consortium et avec l’ensemble de la communauté afin de renforcer ses activités de financement des aires protégées de Madagascar.
À Bissau, le message porté par la FAPBM était ainsi autant une présentation d’un outil qu’un retour d’expérience sur une transformation plus large : comment passer de davantage de données à de meilleures décisions, et de meilleures décisions à un apprentissage continu au service de la conservation.
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