
À Madagascar, préserver les aires protégées ne consiste pas uniquement à protéger des espèces et des écosystèmes. C’est aussi préserver des sources d’eau, soutenir des activités économiques, renforcer la résilience des communautés et créer des perspectives pour les générations futures. Encore faut-il que ces réalités soient connues, comprises et partagées. C’est tout l’enjeu de la bourse de reportage « Médias #PourLesAiresProtégées », dont la troisième édition vient de s’achever.
Le 22 juillet 2026, au CINEPAX Ambodivona, quatre journalistes malgaches ont été récompensés pour leurs reportages mettant en lumière les liens entre conservation des aires protégées, développement local et amélioration des conditions de vie des communautés. La cérémonie marquait la clôture de la troisième édition de la bourse de reportage « Médias #PourLesAiresProtégées », organisée par la Fondation pour les Aires Protégées et la Biodiversité de Madagascar (FAPBM) en partenariat avec Malagasy Brand Communication (MBC) et REMAPSEN Madagascar. Elle a été honorée par la présence des représentants du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) ainsi que du Ministère de la Communication et de la Culture.
Plus qu’une cérémonie de remise de prix, cette troisième édition porte un message stratégique : la conservation a besoin de récits pour être comprise, et la compréhension est une condition essentielle de l’adhésion collective.
Placée sous le thème « 20 ans de financement des aires protégées à Madagascar : une source de vie et de développement pour les communautés », cette édition met en avant la capacité du journalisme à rendre visibles les impacts de la conservation et à rapprocher ces enjeux du grand public.
Financer la conservation, mais aussi rendre ses impacts visibles
Depuis sa création, la FAPBM œuvre à mobiliser et à gérer des financements durables en faveur des aires protégées de Madagascar. Cependant l’expérience montre qu’un financement, aussi essentiel soit-il, ne suffit pas à lui seul à faire comprendre la valeur de la conservation.
La conservation produit des bénéfices qui dépassent largement les limites géographiques d’une aire protégée. Elle contribue à la protection des ressources en eau, à la sécurité alimentaire, au maintien des activités agricoles et halieutiques, au développement du tourisme, à la régulation des écosystèmes et au renforcement des moyens de subsistance des communautés.
Pourtant, ces impacts restent parfois difficiles à percevoir lorsqu’ils ne sont pas racontés.
C’est précisément cette dimension que la bourse « Médias #PourLesAiresProtégées » cherche à renforcer : faire passer la conservation de l’abstrait au concret, des chiffres aux histoires humaines, des enjeux environnementaux aux réalités quotidiennes des hommes et femmes qui oeuvrent chaque jour pour la préservation de ce patrimoine naturel.
Comme l’a rappelé le Directeur Exécutif de la FAPBM, Dr Rija Ranaivoarison, lors de la cérémonie de clôture : « Ce que l’on ne connaît pas, il est difficile de le protéger.
Ce que l’on ne comprend pas, il est difficile de le défendre.
Et ce qui n’est pas raconté risque, à terme, de devenir invisible.». Cette conviction constitue le fondement de l’initiative.

Faire connaître pour faire adhérer
Cette approche est particulièrement importante dans un pays comme Madagascar, dont la biodiversité exceptionnelle constitue un patrimoine mondial, mais dont la valeur et les services rendus restent encore largement méconnus du grand public.
Les aires protégées sont souvent perçues avant tout à travers leur fonction de protection de la faune et de la flore. Or, loin d’être de simples espaces naturels, les aires protégées rendent des services écosystémiques essentiels : elles conservent une biodiversité unique au monde, avec un taux d’endémisme atteignant 80 %, fournissent une source d’eau potable, soutiennent l’agriculture et la pêche, alimentent le développement touristique, régulent le climat, et préservent des services culturels tels que les sites sacrés, la recherche scientifique ou les productions audiovisuelles. C’est cette richesse, encore largement méconnue du grand public, que le concours « Médias #PourLesAiresProtégées » entend documenter et faire connaître, reportage après reportage.

Une initiative qui monte en puissance
Lancée en 2023 par la FAPBM, le concours de bourse aux journalistes « Médias #PourLesAiresProtégées » répondait à un constat simple : les aires protégées les plus éloignées des grands centres restent aussi parmi les moins couvertes par les médias. Les initiatives portées par les gestionnaires et les communautés y demeurent souvent peu visibles, malgré leur importance pour les territoires.
Trois éditions plus tard, l’intérêt des journalistes pour ces sujets se confirme.
La troisième édition a enregistré 23 candidatures issues de six régions de Madagascar, contre 14 lors de la première édition et 21 en 2024. Cette progression, de 64% depuis ses débuts, témoigne d’un intérêt croissant pour les questions liées à la biodiversité, aux aires protégées et à leurs impacts sociaux et économiques.
Pour cette édition, quatre journalistes ont été sélectionnés et ont chacun bénéficié d’une bourse de 4 millions d’Ariary pour produire un reportage de terrain.
Le dispositif a également évolué avec l’introduction d’un programme de mentorat, associant quatre professionnels du paysage médiatique malgache. L’objectif est d’aller au-delà du financement ponctuel d’un reportage : il s’agit aussi de contribuer au renforcement des compétences journalistiques et à l’émergence, dans la durée, de productions de qualité sur les enjeux environnementaux. C’est dans cette perspective que la FAPBM considère les médias comme de véritables partenaires de la conservation.

Les aires protégées racontent le développement des communautés
Les quatre reportages primés illustrent ainsi une même réalité : la conservation et le développement local ne sont pas deux dynamiques opposées.
- « Andringitra, Triangle Vital : eau, montagne et grottes sacrées face au changement climatique » — Rasoafara Philippine (catégorie radiophonique, Parc National d’Andringitra) : les effets du financement durable sur le tourisme, les revenus locaux et la préservation des ressources naturelles.
- « Soleil levé sur Anketrevo : le riz qui sauve la forêt » — Amiko Philiberte (catégorie radiophonique, Nouvelle Aire Protégée Menabe Antimena) : la riziculture améliorée comme solution pour réduire la pression sur les forêts tout en renforçant la sécurité alimentaire.
- « Biodiversité et développement : le double impact de la FAPBM » — Rabetany Aina Nirina José (catégorie audiovisuelle, Complexe Mahavavy-Kinkony) : les actions de cogestion menées avec Asity Madagascar en faveur de la biodiversité et des moyens de subsistance.
- « 20 ans de financement des aires protégées : autonomisation des femmes et résilience communautaire par l’algoculture » — Randrianarimanana Ando (catégorie presse écrite, Parc National de Tsimanampesotse et Aire Marine Protégée de Nosy Ve-Androka) : l’algoculture comme levier d’autonomisation économique et de réduction de la pression sur les ressources marines. Pour voir le publireportage
Quatre territoires. Quatre approches. Quatre histoires différentes
Mais un même enseignement : investir dans la conservation, c’est aussi investir dans les conditions qui permettent aux communautés de mieux vivre avec leur environnement. Raconter ces réalités permet donc de changer le regard porté sur la conservation.
Le journaliste devient alors un intermédiaire essentiel entre les territoires, les communautés, les acteurs de la conservation et le grand public. Par son travail de terrain, il donne un visage aux enjeux environnementaux, rend visibles les solutions et permet de mieux comprendre les effets concrets des investissements réalisés.

Du reportage à l’adhésion collective
À travers cette initiative, la FAPBM entend inscrire la communication dans une approche plus large de la conservation.
Une aire protégée doit être financée. Elle doit être gérée efficacement. Mais elle doit aussi être comprise et reconnue comme un patrimoine utile aux populations.
Les récits produits par les journalistes contribuent précisément à cette chaîne d’adhésion. Ils montrent que derrière une forêt protégée se trouvent des ressources en eau ; derrière une zone humide, des moyens de subsistance ; derrière une aire marine, des activités économiques ; derrière une espèce emblématique, un patrimoine naturel et culturel à transmettre.
Cette visibilité est d’autant plus importante que les défis auxquels Madagascar est confronté exigent une mobilisation de plus en plus large : pouvoirs publics, gestionnaires d’aires protégées, communautés, secteur privé, partenaires techniques et financiers, mais aussi citoyens.
La conservation ne peut donc pas rester l’affaire de quelques spécialistes. Elle doit devenir une cause comprise et portée collectivement.

Faire émerger davantage de récits sur la conservation
Avec cette troisième édition de « Médias #PourLesAiresProtégées », la FAPBM réaffirme sa volonté de poursuivre sa collaboration avec les médias et de contribuer à une meilleure visibilité des actions menées dans les aires protégées qu’elle finance.
Les quatre reportages récompensés apportent chacun une pièce à un récit plus large : celui d’une conservation qui protège la biodiversité, mais qui contribue aussi à créer des opportunités, renforcer la résilience et améliorer les conditions de vie.
Car on protège mieux ce que l’on connaît. Et l’on connaît mieux ce qui est raconté.
À travers ces histoires venues du terrain, les médias contribuent ainsi à rapprocher les Malgaches de leur patrimoine naturel et à rappeler une évidence : protéger les aires protégées, c’est aussi investir dans les femmes, les hommes, les territoires et l’avenir de Madagascar.