
Dans la Réserve spéciale d’Ambohitantely, gérée par Madagascar National Parks (MNP), certaines parcelles changent peu à peu de visage. Là où la végétation avait du mal à reprendre, de jeunes arbres grandissent. Là où les espèces envahissantes freinaient la régénération, la forêt retrouve progressivement de l’espace.
Depuis 2021, l’Association Vahatra accompagne cette dynamique de restauration écologique, avec l’appui de différents partenaires. Entre 2025 et 2026, le soutien de la Fondation Hempel à hauteur de 55 000 USD, mobilisé à travers le mécanisme de financement de la FAPBM, a permis de poursuivre et de renforcer cette démarche.
Au total, 42 hectares ont été restaurés, avec 17 000 plants issus de 48 espèces et un taux de réussite supérieur à 90 %. Le financement a surtout permis de consolider l’ensemble de la chaîne d’intervention nécessaire à la restauration d’un écosystème au sein d’une aire protégée, conformément aux principes et lignes directrices de l’UICN. Mais à Ambohitantely, la restauration ne se mesure pas uniquement à ce qui a été planté.

Faire revenir la forêt, parcelle après parcelle
Cette forêt humide des Hauts-Plateaux subsiste comme un îlot de biodiversité au milieu de paysages largement transformés. La réserve abrite une biodiversité remarquable, mais son environnement reste soumis aux feux, à la dégradation des habitats et à la progression des espèces envahissantes. Dans certaines zones, il faut donc intervenir pour permettre à la forêt de reprendre sa place.
Sur les terrains les plus dégradés, des plants ont été produits en pépinière puis mis en terre. Le projet a permis de renforcer les techniques et les capacités de production de plants adaptés aux besoins de la restauration. Sur d’autres parcelles, la meilleure intervention consistait à accompagner la régénération naturelle en contrôlant les espèces qui l’empêchaient de progresser. Cette restauration passive assistée a notamment reposé sur l’amélioration du contrôle des espèces envahissantes au sein des parcelles de restauration.
Deux approches différentes, un même objectif : permettre à la forêt de retrouver progressivement sa continuité. Cette combinaison a permis de restaurer 7 hectares par plantation et 35 hectares par restauration passive assistée. Dans le cadre du projet soutenu par la Fondation Hempel, 17 000 plants représentant 48 espèces ont notamment été plantés sur 4,2 hectares identifiés comme une nouvelle zone de restauration. Parallèlement, plus de 30 hectares de végétation secondaire dominée par des espèces envahissantes ont été accompagnés afin de favoriser la régénération naturelle.


Une forêt restaurée, des savoir-faire renforcés
Derrière chaque parcelle restaurée, il y a des compétences. Produire les plants adaptés, les mettre en terre au bon moment, entretenir les parcelles, maîtriser les espèces envahissantes, suivre l’évolution de la végétation : la restauration écologique repose sur une succession de savoir-faire qui doivent pouvoir être mobilisés dans le temps.
Le projet a contribué à renforcer cette chaîne de compétences et de pratiques au sein de l’Association Vahatra. Il a ainsi transformé plusieurs besoins opérationnels en capacités durables de restauration, couvrant aussi bien la production des plants que les différentes étapes de la restauration active et de la restauration passive assistée. Par ailleurs, cette initiative a aussi créé des opportunités pour les communautés locales.
Plus de 9 300 personnes-jours de travail ont été mobilisés au cours du projet pour la production des plants, les plantations, l’entretien et le contrôle des espèces envahissantes. Les femmes y ont occupé une place particulièrement importante.
La restauration de la forêt devient ainsi une activité concrète pour les populations qui vivent autour de la réserve. Elle renforce également leur implication dans la conservation de l’aire protégée et contribue à ancrer durablement les pratiques de restauration dans le territoire.

Ambohitantely, un terrain d’apprentissage
Ce qui s’y est construit dépasse largement les limites de la réserve. Le site accueille aujourd’hui des acteurs nationaux et des praticiens venus d’autres pays, intéressés par les expériences menées sur place. Des participants venus notamment des îles voisines et d’autres pays viennent y échanger leurs expériences, découvrir les bonnes pratiques mises en œuvre sur le site et s’inspirer des approches développées par l’Association Vahatra avec le soutien constant des communautés locales. Ils viennent observer, échanger et s’inspirer des pratiques développées par l’Association Vahatra avec les communautés locales.
Cette dimension donne une résonance particulière aux efforts engagés. Une parcelle restaurée bénéficie d’abord à l’aire protégée. Mais les connaissances acquises sur le terrain peuvent, elles, voyager et nourrir d’autres initiatives de restauration.
Cette dynamique fait progressivement d’Ambohitantely un site pilote et une référence pour la restauration écologique à Madagascar, reconnu par le gestionnaire de la réserve et ses partenaires, notamment le ministère en charge de l’Environnement.

De l’action ponctuelle à la continuité
La restauration écologique ne s’arrête pas lorsque les derniers plants sont mis en terre. Les arbres doivent grandir. Les parcelles doivent évoluer. La végétation doit progressivement retrouver sa structure. Les espèces plantées doivent s’installer et celles qui menacent la régénération continuer à être maîtrisées. À Ambohitantely, une partie du travail est désormais faite.
L’un des principaux acquis du soutien de la Fondation Hempel est justement d’avoir contribué à mettre en place un système de restauration capable de maintenir ses bénéfices au-delà de la période de financement. C’est précisément ce temps-là que la FAPBM cherche à sécuriser. En orientant vers les aires protégées des financements inscrits dans la durée, la Fondation permet aux gestionnaires et à leurs partenaires de travailler à l’échelle des écosystèmes. Les acquis de ce projet ne prendront tout leur sens que s’ils continuent d’être accompagnés.
À l’issue du projet, les résultats racontent une forêt qui recommence à pousser, mais aussi des femmes et des hommes qui ont appris, expérimenté et construit ensemble les conditions de cette renaissance. Ils racontent aussi la mise en place progressive d’un système local de restauration, capable de faire vivre ces pratiques dans la durée et de partager les enseignements d’Ambohitantely avec d’autres acteurs de la conservation.
Avec 42 hectares de forêt restaurés, 17 000 plants représentant 48 espèces, un taux de réussite supérieur à 90 % et plus de 9 300 personnes-jours de travail mobilisés, Ambohitantely montre ainsi que restaurer une forêt, c’est autant reconstruire un écosystème que renforcer les capacités de celles et ceux qui en prennent soin.
Le reste appartient désormais au temps.