
Et si protéger une aire protégée ne suffisait plus ?
À Madagascar, la biodiversité, le climat, l’eau et les moyens de subsistance des populations sont profondément liés. Pourtant, face aux effets du changement climatique, à la pression croissante sur les ressources naturelles et à la fragmentation des actions de conservation, préserver durablement ce patrimoine exceptionnel exige aujourd’hui de changer de regard.
C’est dans cette dynamique qu’émerge une nouvelle vision de la conservation : l’approche Paysage.
Plus qu’une nouvelle méthode, cette approche représente un véritable changement de paradigme. Elle invite à dépasser les frontières des aires protégées pour considérer des territoires entiers où écosystèmes, communautés, activités économiques et acteurs de la conservation sont intimement connectés.
Car protéger la nature, c’est aussi protéger tout ce qu’elle rend possible.
Changer d’échelle pour relever les défis d’aujourd’hui
Pendant plusieurs décennies, les efforts de conservation se sont principalement concentrés sur des aires protégées prises individuellement.
Cette approche a permis de préserver des espaces naturels d’une valeur inestimable. Mais aujourd’hui, les défis dépassent largement les limites administratives d’un parc ou d’une réserve.
L’eau circule d’un territoire à l’autre.
Les espèces se déplacent entre plusieurs habitats.
Les bassins versants alimentent des milliers de villages.
Les activités agricoles, la pêche, le tourisme ou encore les effets du changement climatique dépassent les frontières des aires protégées.
L’approche Paysage propose donc de penser la conservation autrement : à l’échelle de grands ensembles écologiques où biodiversité, climat, économie et populations fonctionnent comme un seul système vivant.
Cette vision permet de préserver les continuités écologiques, de renforcer la résilience des territoires et d’agir simultanément sur les enjeux environnementaux, sociaux et économiques.

Trois paysages, une même ambition
À Madagascar, cette approche se concrétise autour de trois paysages prioritaires couvrant plus de neuf millions d’hectares d’écosystèmes d’importance mondiale.
Le Nord-Est : quand la forêt soutient aussi l’économie
Avec plus de 2,4 millions d’hectares, le paysage du Nord-Est abrite certaines des plus grandes aires protégées de Madagascar, notamment Makira, Masoala et Marojejy.
Situé au cœur de la région SAVA, premier bassin mondial de production de vanille, il illustre parfaitement le lien entre la préservation des forêts, la régulation de l’eau, la production agricole et les revenus des communautés.
Voir la fiche technique en annexe 1.

Le Sud-Est : préserver les forêts, préserver la sécurité alimentaire
Le paysage du Sud-Est couvre près de deux millions d’hectares reliant forêts tropicales, zones côtières et autres écosystèmes complémentaires.
Véritable château d’eau naturel, il joue un rôle déterminant dans la régulation des ressources hydriques, la fertilité des sols, la production agricole et la résilience des populations face aux aléas climatiques.
Voir la fiche technique en annexe 2.

Le Sud-Ouest : un continuum unique entre terre et mer
Le paysage du Sud-Ouest réunit des forêts sèches, des mangroves, des récifs coralliens et des écosystèmes marins qui forment un continuum écologique exceptionnel.
Dans cette région particulièrement vulnérable aux sécheresses, préserver les écosystèmes signifie également préserver les ressources halieutiques, l’accès à l’eau et les moyens de subsistance des communautés locales.
Voir la fiche technique en annexe 3.

Une approche systémique : protéger la nature, renforcer les territoires
L’approche Paysage repose sur une conviction forte : la biodiversité ne peut être dissociée du développement humain.
Les paysages rendent chaque jour des services essentiels :
- ils alimentent les populations en eau ;
- ils régulent les bassins versants ;
- ils maintiennent la fertilité des sols ;
- ils soutiennent l’agriculture et la pêche ;
- ils stockent le carbone ;
- ils limitent les effets du changement climatique.
Autrement dit, ils constituent de véritables sources de vie, dont dépend le bien-être de millions de Malgaches.
Préserver ces paysages, c’est donc protéger à la fois le patrimoine naturel du pays et les conditions nécessaires à son développement.

Innover aussi dans la manière de travailler
L’innovation de l’approche Paysage ne réside pas uniquement dans son périmètre géographique.
Elle transforme également la manière dont les acteurs de la conservation collaborent.
Pendant longtemps, les projets ont souvent été développés séparément, avec des financements distincts et des interventions parfois dispersées sur un même territoire.
L’approche Paysage propose une autre dynamique : réunir autour d’une vision commune l’ensemble des acteurs qui façonnent ces territoires.
Gestionnaires d’aires protégées, organisations nationales et internationales, communautés locales, institutions publiques, chercheurs, secteur privé et partenaires techniques et financiers sont invités à unir leurs expertises pour construire des solutions concertées.
Cette logique de partenariat permet de renforcer les complémentarités entre les interventions, de mutualiser les connaissances, d’éviter les duplications et de concentrer les efforts là où ils produisent le plus d’impact.

Une nouvelle manière d’investir dans la conservation
L’approche Paysage renouvelle également la manière dont les investissements sont pensés.
Plutôt que de financer une succession de projets indépendants, elle favorise des investissements coordonnés, portés par des consortiums d’acteurs et de partenaires financiers partageant une même ambition.
Les bailleurs ne soutiennent plus uniquement une organisation ou un projet spécifique.
Ils rejoignent une dynamique collective où chaque investissement vient renforcer celui des autres.
Cette approche collaborative améliore la cohérence des interventions, renforce l’effet de levier des financements, favorise la complémentarité entre les partenaires et maximise les résultats pour la biodiversité comme pour les populations.
Investir dans un paysage, c’est investir dans une vision commune, capable de produire des impacts durables à grande échelle.

La FAPBM, catalyseur de partenariats pour des paysages résilients
Depuis plus de vingt ans, la Fondation pour les Aires Protégées et la Biodiversité de Madagascar (FAPBM) assure un financement durable des aires protégées du pays.
Aujourd’hui, elle accompagne cette nouvelle génération de conservation en jouant un rôle de catalyseur de partenariats.
Grâce à sa position de fonds fiduciaire national, la FAPBM favorise la convergence des acteurs autour d’une stratégie commune de conservation à l’échelle des paysages.
Elle contribue à mobiliser des investissements pérennes, à renforcer les capacités des organisations nationales, à encourager la collaboration entre les institutions et à créer un environnement propice à l’émergence de véritables consortiums de conservation.
Cette approche permet de passer d’une logique de financement de projets à une logique d’investissement collectif dans des paysages vivants, où la biodiversité, les communautés et la résilience climatique sont abordées de manière intégrée.
Elle ouvre également la voie à des mécanismes innovants de financement de la nature. En travaillant à l’échelle des paysages, Madagascar crée un cadre propice au développement de solutions telles que les crédits carbone, les paiements pour services écosystémiques, les investissements à impact, les partenariats avec le secteur privé et les financements mixtes. Ces instruments permettront de compléter les financements publics et philanthropiques afin d’assurer la gestion durable des paysages sur le long terme.

Un moment décisif pour agir
Madagascar se trouve aujourd’hui à un tournant.
Les paysages prioritaires sont identifiés.
Les partenaires sont mobilisés.
Les solutions existent.
L’enjeu est désormais de mobiliser des investissements à la hauteur des défis, capables d’accompagner une vision commune et de produire des impacts durables à grande échelle.
Car investir dans les paysages de Madagascar ne consiste pas uniquement à préserver une biodiversité unique au monde.
C’est sécuriser les ressources en eau, soutenir les économies locales, renforcer la résilience climatique, protéger les moyens de subsistance de millions de personnes et construire un avenir où la nature et les communautés prospèrent ensemble.
L’approche Paysage ouvre ainsi la voie à une nouvelle génération de conservation : une conservation qui change d’échelle, fédère les acteurs, rassemble les partenaires autour d’une vision commune et investit durablement dans les paysages, au bénéfice de la nature et des populations.

Annexe 1 : Fiche technique du paysage du Nord-Est

Annexe 2 : Fiche technique du paysage du Sud-Est

Annexe 3 : Fiche technique du paysage du Sud-Ouest
