
Les 02 et 03 avril 2026, la 3ᵉ édition du Forum Capital Naturel s’est tenue à Antananarivo, réunissant les représentants de l’État, du secteur privé, des institutions financières, des partenaires techniques et financiers, du monde académique ainsi que les acteurs de la société civile.
Organisé sous l’égide du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) et porté par le Réseau Natural Capital Madagascar, le Forum confirme une ambition commune : faire du capital naturel un pilier stratégique du développement durable de Madagascar.
Le capital naturel, une condition de souveraineté et de stabilité nationale
Les échanges ont rappelé une réalité fondamentale : dans un pays comme Madagascar, la préservation des écosystèmes n’est pas une option environnementale, mais une condition de sécurité économique, de stabilité sociale et de souveraineté nationale.
Pendant trop longtemps, développement économique et capital naturel ont été opposés. Or, dans le cas de Madagascar, cette opposition constitue une erreur stratégique. Sans eau sécurisée, sans sols fonctionnels, sans forêts régulant les bassins versants et sans écosystèmes résilients, il ne peut y avoir ni agriculture compétitive, ni énergie fiable, ni attractivité durable pour l’investissement.
Protéger le capital naturel n’est pas un luxe écologique. C’est une condition de sécurité économique, de stabilité sociale et de souveraineté nationale.

Une responsabilité collective pour transformer les arbitrages économiques
Lors du Forum, le Directeur Exécutif de la FAPBM, le Dr Rija Ranaivoarison, a apporté une réponse structurée à la question centrale du Forum : le rôle des différents acteurs dans la transformation des arbitrages économiques en faveur de la sécurité hydrique et des services écosystémiques.
« Je crois que chacun a une responsabilité différente mais complémentaire. L’État doit fixer les règles du jeu, arbitrer dans le long terme et garantir la cohérence entre eau, mines, forêts et aménagement du territoire. Le secteur privé doit évoluer vers des modèles de création de valeur intégrant le coût réel de la dégradation écologique. Les institutions financières doivent réorienter les flux vers les investissements qui protègent l’eau, restaurent les paysages et réduisent les risques. Et les acteurs de la conservation doivent apporter la donnée, la preuve économique, les mécanismes et la vision de long terme. »
Le véritable enjeu est de faire de la sécurité hydrique et des services écosystémiques non pas des contraintes, mais des actifs stratégiques de croissance et de résilience.

Réformer les incitations économiques pour corriger les signaux de marché
Le Forum a mis en évidence que de nombreuses dynamiques de dégradation restent économiquement rationnelles en raison de signaux économiques biaisés.
Il s’agit de réaligner les incitations économiques pour arrêter de financer indirectement la dégradation du capital naturel. Aujourd’hui, des pratiques comme la production de charbon de bois, la déforestation agricole ou la surexploitation de l’eau restent attractives économiquement.
Cela passe par trois leviers :
- supprimer progressivement les mécanismes incitatifs inefficients
- introduire des incitations positives (agroécologie, reboisement, efficacité hydrique)
- intégrer une forme de “vérité des prix” du capital naturel
« Tant que dégrader reste moins cher que préserver, nous continuerons à faire les mauvais arbitrages. »
Zones à arbitrage prioritaire et restauration à grande échelle
Les échanges ont également souligné la nécessité de mieux territorialiser les décisions.
Mettre en place un système national de “zones à arbitrage prioritaire” consiste à identifier les zones où les arbitrages sont les plus critiques (eau, mines, agriculture, conservation) et à y appliquer des règles spécifiques.
Ces zones correspondent notamment aux bassins versants, corridors écologiques et zones minières, où les tensions d’usage sont les plus fortes.
Cela implique :
- une cartographie nationale des zones à haute tension
- des régimes spécifiques (restrictions, compensations, investissements ciblés)
Dans ce cadre, le pays doit passer à l’échelle sur la restauration des paysages, mais avec une logique économique :
- restauration intégrée aux chaînes de valeur (bois énergie durable, agroforesterie, produits forestiers)
- partenariats public-privé
- financement mixte
La restauration n’est pas un coût, mais un investissement productif dans l’économie rurale. Il ne s’agit pas seulement de mieux gérer la nature, mais de repositionner le capital naturel comme un moteur central du développement.
La FAPBM, acteur du financement durable du capital naturel
Dans cette dynamique, la Fondation pour les Aires Protégées et la Biodiversité de Madagascar (FAPBM) a activement contribué aux échanges stratégiques.
Elle réaffirme sa vision : le capital naturel est un levier fondamental de développement durable, et sa protection constitue une condition de stabilité économique, de résilience territoriale et de souveraineté nationale.
La FAPBM soutient ainsi le renforcement des mécanismes de financement durables capables d’accompagner les investissements à grande échelle dans la restauration des paysages et la protection des écosystèmes, tout en générant de la valeur pour les communautés locales.

Du dialogue à l’action collective
Au-delà des constats, cette 3ᵉ édition du Forum marque une volonté forte d’accélérer le passage de la stratégie à l’action.
Les recommandations appellent à reconnaître le capital naturel comme un actif stratégique souverain, à renforcer la gouvernance intégrée et à déployer une architecture financière adaptée aux investissements durables.
Une nouvelle trajectoire se dessine : celle d’un modèle de développement où la richesse écologique de Madagascar devient un moteur central de croissance, de résilience et d’opportunités pour les générations futures.
Dans cette dynamique, les acteurs appellent à renforcer les partenariats entre l’État, le secteur privé, les institutions financières et les organisations de conservation pour accélérer des investissements générant des bénéfices écologiques, économiques et sociaux.
La FAPBM réaffirme sa volonté d’accompagner cette transformation et de contribuer à un avenir où conservation de la biodiversité et développement national avancent de manière indissociable.