
Les 28 et 29 avril 2026, au Radisson Blu Hôtel Antananarivo, les principaux acteurs engagés dans la conservation de la biodiversité se sont réunis à l’initiative de WWF Madagascar autour d’un objectif commun : construire les bases d’une finance durable capable de soutenir l’ambition de Madagascar dans le cadre du Plan 30×30.
Cet atelier stratégique, organisé en format hybride, a réuni institutions publiques, partenaires techniques et financiers, secteur privé, organisations de conservation telles que la FAPBM et experts autour d’une question centrale : comment mobiliser des financements pérennes, coordonnés et à grande échelle pour préserver durablement le capital naturel du pays ?
L’atelier avait notamment pour objectif d’identifier les mécanismes de finance durable les plus viables pour Madagascar, d’harmoniser les approches existantes et de renforcer les synergies entre les différentes initiatives déjà en cours dans le pays.
Le plan 30×30 : protéger la biodiversité à grande échelle
Les échanges ont permis de replacer les discussions dans le contexte des engagements internationaux de Madagascar, notamment l’objectif 30×30 visant à protéger 30% des terres et des espaces marins d’ici 2030.
Mais au-delà des ambitions environnementales, les discussions ont surtout souligné une réalité essentielle, c’est-à-dire préserver les écosystèmes de Madagascar revient aussi à protéger les fondements mêmes de son économie, de sa sécurité hydrique et de la résilience de ses territoires.
Face à l’ampleur des besoins, les participants ont insisté sur la nécessité de dépasser les modèles traditionnels de financement de la conservation, souvent fragmenté et insuffisants, pour évoluer vers une approche plus intégrée et structurée.

Construire une architecture financière durable pour la biodiversité
Les discussions ont mis en lumière la nécessité de dépasser les approches traditionnelles basées uniquement sur les financements ponctuels ou les projets à court terme. Les participants ont souligné l’importance de construire une véritable architecture financière durable, capable de garantir des ressources pérennes pour les aires protégées et les paysages stratégiques de Madagascar, tout en renforçant les capacités locales, les cadres juridiques et l’inclusion financière des communautés engagées dans la gestion durable des ressources naturelles.
Plusieurs mécanismes complémentaires ont ainsi été identifiés comme des leviers essentiels :
- Les marchés carbone et les solutions fondées sur la nature ;
- Les partenariats renforcés avec le secteur privé ;
- Les mécanismes de blended finance, combinant financements publics, privés et philanthropiques ;
- Les dispositifs de cofinancement pour accroître l’effet de levier des investissements ;
- Ainsi que les fonds fiduciaires dédiés à la conservation.
Les échanges ont également permis d’explorer plus concrètement plusieurs instruments financiers innovants, notamment les obligations vertes et durables, les mécanismes de conversion de dette en faveur de la conservation, ainsi que les approches de “landscape finance” visant à financer durablement des territoires entiers en conciliant biodiversité, climat et développement économique.
Plusieurs sessions techniques ont aussi porté sur les opportunités offertes par les financements internationaux, notamment le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM-9), le Fonds Vert pour le Climat (FVC) et les mécanismes de financement carbone tels que le programme JREDD+ ou les projets de solutions fondées sur la nature.
Cette approche intégrée repose sur une idée forte : aucun mécanisme, pris isolément, ne pourra répondre à l’ampleur des défis environnements actuels. C’est la complémentarité des outils financiers et la coordination des acteurs qui permettront de créer un impact durable.

La FAPBM met en avant le rôle stratégique des fonds fiduciaires de conservation
Dans cette dynamique, la Fondation pour les Aires Protégées et la Biodiversité de Madagascar (FAPBM) a partagé son expérience en tant que fonds fiduciaire dédié au financement durable des aires protégées à Madagascar.
Lors du panel consacré aux « Fonds fiduciaire pour la conservation et mécanismes financiers hybrides », le Directeur Exécutif de la Fondation, Dr Rija Ranaivoarison, a souligné que les fonds fiduciaires jouent aujourd’hui un rôle central dans la sécurisation des financements à long terme pour la biodiversité.
Son intervention a notamment mis en avant un enjeu clé : la conservation ne peut plus être considérée uniquement comme une dépense environnementale, mais comme un investissement stratégique pour la résilience économique et sociale du pays.
A travers les échanges, plusieurs points essentiels ont été soulevés, tels que :
- La nécessité de renforcer les financements de long terme pour les aires protégées ;
- L’importance de créer davantage de passerelles entre conservation et finance ;
- Et le besoin d’activer à grande échelle des mécanismes hybrides capables et mobiliser simultanément ressources publiques, investissements privés et financements internationaux.
Les discussions ont également permis de mettre en perspective le rôle complémentaire des fonds fiduciaires avec d’autres instruments innovants, tels que le Marine Conservation and Résilience Fund (MCRF), les initiatives de Finance for Permanence ou encore les mécanismes liés à l’économie bleue.
Il a également rappelé que les fonds fiduciaires apportent une stabilité essentielle dans un contexte où les financements de la conservation restent souvent fragmentés et vulnérables aux fluctuations économiques.

Une responsabilité partagée entre les acteurs
Au-delà des mécanismes financiers, les échanges ont permis de mettre en évidence le rôle complémentaire des différents acteurs dans l’atteinte de l’objectif 30×30.
L’Etat apparaît comme un acteur clé pour définir les orientations stratégiques, renforcer les cadres réglementaires et créer un environnement favorable aux investissements durables. Les partenaires techniques et financiers jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des réformes et la mobilisation des ressources internationales.
Le secteur privé, quant à lui, est appelé à devenir un partenaire majeur de la transition, en intégrant davantage les enjeux environnementaux dans ses stratégies d’investissement et de création de valeur.
Des entreprises et fonds d’investissement engagés à Madagascar ont notamment partagé leurs expériences et perspectives, illustrant le potentiel croissant des investissements privés dans les secteurs liés à la biodiversité, au climat et aux chaînes de valeur durables.
Enfin, les organisations de conservation et les fonds fiduciaires comme la FAPBM agissent comme des catalyseurs, capables de connecter les besoins du terrain, les objectifs de conservation et les solutions financières innovantes.

Du dialogue à l’action
Cet atelier a porté un message d’espoir et de mobilisation collective. Face à l’urgence écologique, les participants ont rappelé que Madagascar dispose d’un capital naturel unique au monde, mais que sa préservation dépendra désormais de la capacité collective à construire des mécanismes financiers durables, cohérents et ambitieux.
La deuxième journée de l’atelier a notamment permis aux participants de travailler de manière collaborative à travers un format “World Café”, afin d’identifier les obstacles communs au développement de la finance durable, les opportunités à renforcer ainsi que les actions prioritaires à engager à court, moyen et long terme.
Les discussions ont également permis de clarifier plusieurs prochaines étapes concrètes, notamment la définition des rôles et responsabilités des différentes organisations impliquées ainsi que les modalités de collaboration nécessaires pour accélérer la mise en œuvre des mécanismes identifiés.
Cette initiative de la WWF Madagascar maque ainsi une étape importante vers une vision commune : faire de la finance durable un pilier essentiel de la conservation, de la résilience des territoires et du développement durable à Madagascar.
A travers sa participation la FAPBM réaffirme son engagement à accompagner cette transformation et à contribuer activement à la construction d’un modèle où biodiversité, finance et développement avancent ensemble au bénéfice des générations futures.