Publié le 16 janvier 2026

La biodiversité de Madagascar est l’une des plus riches et des plus menacées au monde. Plus de 80 % des espèces présentes sur l’île sont endémiques, ce qui confère au pays une responsabilité unique sur la scène mondiale. Pourtant, les défis sont immenses : déforestation, exploitation illégale des ressources, changement climatique, pressions économiques sur les communautés locales. Face à ces menaces, une question centrale se pose : comment assurer un financement durable de la conservation de cette biodiversité ?

C’est dans ce contexte qu’interviennent les fonds de dotation pour la biodiversité, un mécanisme innovant qui garantit des ressources financières prévisibles et durable bien que conditionnées aux performances des marchés financiers et au taux de prélèvement annuel fixé. Ces revenus soutiennent le financement annuel des aires protégées. À Madagascar, la Fondation pour les Aires Protégées et la Biodiversité de Madagascar (FAPBM) illustre parfaitement la pertinence de ce modèle, en se positionnant comme l’un des acteurs les plus solides du continent africain.

Comprendre le fonctionnement d’un fonds de dotation

Un fonds de dotation est un capital placé sur les marchés financiers dont seuls les revenus annuels sont utilisés pour financer les activités de conservation. Le capital, lui, reste intact et constitue une réserve permanente.

Ce mécanisme diffère des financements traditionnels, souvent limités dans le temps ou dépendants de projets ponctuels. Avec un fonds de dotation, les gestionnaires d’aires protégées peuvent compter sur un appui fiable et régulier, qui leur permet de planifier à long terme et de renforcer la résilience des écosystèmes face aux menaces.

En d’autres termes, le fonds agit comme une assurance-vie pour la biodiversité : les bénéfices générés chaque année sont redistribués aux sites naturels et aux communautés locales, garantissant une continuité essentielle dans la protection des ressources naturelles.

Au-delà de son rôle financier, le fonds de dotation se distingue par sarésilience face aux crises qui affectent régulièrement Madagascar et le monde. Alors que les financements traditionnels fluctuent en fonction des priorités politiques, des crises sanitaires ou des tensions géopolitiques, le capital d’un fonds de dotation reste investi et continue de générer des revenus. Ce mécanisme a démontré sa solidité lors des crises politiques nationales récurrentes, durant la pandémie de COVID-19 par exemple, ou encore face aux perturbations économiques liées à la guerre en Ukraine et aux changements de directives macroéconomiques internationales, comme la réorientation des financements américains sous l’administration du Président américain, Donald Trump. Cette capacité à absorber les chocs externes et à maintenir un soutien continu aux aires protégées constitue l’un des atouts majeurs du modèle.

Madagascar : un cas d’école pour la finance de la conservation

Madagascar abrite près de 125 aires protégées couvrant environ 10 % du territoire national. Ces espaces sont au cœur des stratégies de lutte contre la déforestation, la perte de biodiversité et les impacts du changement climatique. Pourtant, leur financement reste un défi récurrent.

Historiquement, la gestion des aires protégées dépendait largement de financements internationaux ponctuels, souvent limités dans le temps. Cela créait des interruptions dans les programmes de surveillance, de restauration écologique et d’appui aux communautés locales.

La création de la FAPBMen 2005 a marqué un tournant. En mettant en place un fonds de dotation dédié, la Fondation a offert une solution durable à ces défis structurels. Aujourd’hui, avec un capital de 157 millions USD, elle génère en moyenne plus de 7 millions USD de revenus annuels, dont environ 6 millions USD sont alloués directement au financement des aires protégées. Grâce à ces ressources pérennes, la FAPBM soutient désormais la gestion de 75 aires protégées à travers le pays. Ce modèle place Madagascar parmi les pionniers de la finance de conservation en Afrique.

Un impact concret sur le terrain

Les fonds générés par la FAPBM permettent chaque année des résultats mesurables sur la protection de la biodiversité et l’amélioration du bien-être des communautés. Parmi les impacts observés:

  • Sécurisation accrue des aires protégées avec une réduction des pressions telles que le braconnage et la coupe illégale et les intrusions dans les zones sensibles;
  • Restauration de zones dégradées, permettant le retour d’habitats fonctionnels et l’amélioration de la résilience des écosystèmes ;
  • Renforcement des moyens de subsistance des communautés, grâce à des activités durables réduisant la dépendance aux ressources forestières ;
  • Hausse du niveau de sensibilisation environnementale, particulièrement chez les jeunes et les communautés riveraines.

Amélioration de la gouvernance locale, avec des structures communautaires plus impliquées dans la gestion durable des ressources naturelles. Ces investissements ne se traduisent pas seulement par une meilleure protection des espèces emblématiques comme les lémuriens, mais aussi par des bénéfices sociaux grâce aux services écosystémiques fournit par les aires protégées : emplois stables, amélioration de la sécurité alimentaire, renforcement de la gouvernance locale.

En d’autres termes, le modèle du fonds de dotation démontre que protéger la biodiversité et soutenir le développement humain peuvent aller de pair.

La FAPBM : un modèle qui inspire au-delà de Madagascar

Avec ses 20 ans d’expérience, la FAPBM est devenue une référence au niveau régional et international. Elle est aujourd’hui citée comme unexemple de gouvernance et de transparence dans la gestion de fonds environnementaux.

Son intégration dans des réseaux internationaux lui permet de partager ses bonnes pratiques et d’inspirer d’autres pays confrontés aux mêmes défis. Le modèle malgache montre qu’il est possible de mobiliser des financements conséquents, de les gérer avec rigueur et d’assurer une redistribution efficace pour la conservation.

Cet impact dépasse les frontières nationales : en démontrant la viabilité des fonds de dotation, la FAPBM contribue à renforcer la crédibilité de la finance verte comme solution durable face à la crise mondiale de la biodiversité.

Les défis à relever

Si le modèle du fonds de dotation est robuste, il n’est pas exempt de défis. Les fluctuations des marchés financiers peuvent influencer les revenus générés chaque année. La dépendance à quelques bailleurs historiques pose également la question de la diversification des sources de financement.

De plus, les besoins pour protéger l’ensemble des aires protégées de Madagascar dépassent largement les ressources actuelles. Le financement pérenne doit donc être complété par d’autres mécanismes, tels que les paiements pour services écosystémiques, les partenariats public-privé ou la mobilisation du secteur privé autour du capital naturel.

C’est dans cette optique que la FAPBM s’engage pour les deux prochaines décennies à diversifier ses revenus, à renforcer son ancrage dans l’économie nationale et à sensibiliser de nouveaux acteurs à l’importance de contribuer à la protection des aires protégées.

Une réponse aux enjeux globaux

La création et le renforcement de fonds de dotation comme celui de la FAPBM s’inscrivent dans un mouvement global : celui de la finance durable. Alors que la planète fait face à une crise écologique sans précédent, les modèles financiers classiques montrent leurs limites.

Les fonds fiduciaires environnementaux offrent une alternative crédible et efficace. Ils permettent de passer d’une logique de financement court terme à une stratégie d’investissement à long terme, indispensable pour des processus naturels qui s’étendent sur plusieurs décennies.

En ce sens, la FAPBM ne se contente pas de protéger la biodiversité malgache : elle apporte aussi une contribution concrète à la réflexion mondiale sur la durabilité et la résilience des systèmes écologiques.

En complément du fonds de dotation, Madagascar explore aujourd’hui des instruments financiers avancés pour renforcer la résilience du financement de la conservation. Parmi eux, les Biodiversity Performance Bonds (BPB) — ou obligations à résultats biodiversité — représentent une opportunité majeure.

Ce mécanisme lie directement les rendements financiers des investisseurs aux performances écologiques mesurées sur le terrain : réduction de la déforestation, progression de la restauration, amélioration du carbone stocké, baisse des feux, ou encore rétablissement d’espèces menacées.

En mobilisant ce type d’instrument, la FAPBM pourrait attirer de nouveaux investisseurs institutionnels et fonds climat, tout en positionnant Madagascar comme un pays pionnier en finance verte sur le continent. Cette approche renforce le rôle stratégique de la FAPBM comme plateforme d’excellence en transparence, suivi écologique et paiements fondés sur les résultats.

Pour répondre aux enjeux de long terme, la FAPBM travaille également à l’intégration de la comptabilité du capital naturel dans les stratégies nationales. Ce système permet de mesurer et de valoriser économiquement les services rendus par les écosystèmes : stockage de carbone, protection des bassins versants, pollinisation, résilience climatique, prévention des risques naturels et soutien au tourisme.

En quantifiant ces bénéfices, Madagascar pourra mieux démontrer la valeur stratégique de ses aires protégées et mobiliser des financements innovants, notamment issus de la finance climat, des entreprises engagées dans la neutralité carbone et des mécanismes de compensation biodiversité. La FAPBM, avec son expertise en suivi écologique et financier, constitue un acteur central pour appuyer et sécuriser la mise en œuvre de cette comptabilité du capital naturel.

Investir dans la nature, un choix pour l’avenir

Le rôle des fonds de dotation dans la préservation de la biodiversité à Madagascar est indéniable. En garantissant un financement pérenne, ils offrent aux gestionnaires et aux communautés les moyens de protéger efficacement des écosystèmes uniques au monde.

Avec la FAPBM, Madagascar démontre qu’il est possible d’allier rigueur financière, transparence et impact environnemental. Ce modèle inspire au-delà de ses frontières et montre la voie vers une conservation durable, capable de répondre aux défis du XXIᵉ siècle.

Alors que la crise écologique s’aggrave, le message est clair : investir dans la nature, c’est investir dans notre avenir collectif.

Pour découvrir comment la FAPBM agit concrètement, consultez la page : Projets et Programmes.